Ca ne pouvait être qu’eux

mars 17, 2008 at 1:45 (Musique, Radiohead)

Et oui, difficile pour moi de faire autrement que d’écrire le premier article musical de ce blog sur un autre groupe que Radiohead.

Quel autre groupe pourrait se targuer d’être à la fois l’histoire et l’avenir de la pop musique? Avant-gardiste et pourtant tellement en phase avec l’évolution de notre monde, Radiohead est le paradoxe d’une équation impossible à équilibrer et pourtant résolue.

Nous nous étendrons un jour sur l’essence même du groupe, sur sa substantifique moelle.

Mais pas aujourd’hui.

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Aujourd’hui, nous sommes le 10 Octobre 2007, 4 longues années après la sortie de Hail to the Thief : In Rainbows fait sa sortie. Je fouille les bacs de la Fnac, du Furet du Nord : rien. L’album est bel et bien sorti mais, pied de nez à l’industrie du disque, sous forme totalement digitalisée. L’album est disponible en téléchargement, donnez ce qu’il vous plaira ma p’tite dame semble haranguer Thom Yorke.

Outre la forme qui révolutionne, le fond est une nouvelle démonstration de force du groupe. Comment créer sans stagner? La réponse est là, sous la forme de 10 nouveaux titres. Si le groupe tire la langue à l’industrie du disque, il fait aussi sa plus belle grimace à la musique de ces 20 dernières années. Le refus de s’enfermer dans un style dépressif, acoustique et instrumental, la volonté d’évoluer, de toujours créer et non copier sont les fondements qui font de Radiohead un groupe hors du commun.radiohead.jpg

Première écoute. Comme toujours. Déception. L’oreille n’est pas prête, les informations sont trop nombreuses pour le cerveau, les morceaux tranchent tellement avec le précédant album. Réécoute. Rien ne change. Si, 3 ou 4 tracks sortent du lot mais pour 4 ans d’attente c’est trop peu.

Je range l’album. A vrai dire, je ferme le fichier. Je le réécouterai plus tard, plus on connaît le groupe, plus on sait qu’il se mérite.

Nouvelle écoute, je suis enfin touché par la Grâce. Video-tape, son piano aux allures d’outre-tombe, la mélancolie qui s’en dégage, la voix de Thom Yorke aquatique, et ce piano. Ça y est, je rentre dans l’album, je viens d’entrouvrir la porte. Et comme avec Radiohead on ne fait rien comme tout le monde, j’y entre par la porte de derrière, la dernière piste.

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Je décide de continuer ma visite de cette maison paradoxale, lugubre et éclatante de lumière.

Une guitare et une batterie m’accueillent pour me présenter Jigsaw Falling Into Place. Ceci n’est pas un morceau de musique aurait annoté Magritte, car ceci n’est résolument pas un morceau, mais une fuite en avant contrôlée dans son moindre détail. Ne cherchez pas de couplet ou de refrain ici, le morceau s’écoute et se comprend mesure après mesure, on suit à l’aveugle le chemin que le groupe découvre avec nous. Une incroyable montée en puissance.

Après la prise d’adrénaline, le groupe nous invite à déconstruire un château de carte. Le calme et la sérénité sont là, la guitare a changé, la voix de Yorke s’est calmé, Phil Selway a mis la caisse claire en sourdine, il n’y a qu’ fermé les yeux et savourer.

Puis c’est le tube, l’incontournable morceau de Radiohead que les publicistes, réalisateurs, metteurs en scène, journalistes vont s’approprier pour illustrer leurs messages. Retour 3 albums plus tôt, Reckonner est un titre insolemment électro incroyablement réussi, la voix de Thom ultra digitalisée, les arrangements guitare mêlés aux samples font entrer ce morceau au panthéon de la pop électro progressive. Il rejoint Idiotheque, préambule de l’avenir du groupe.

Le groupe nous invite ensuite à prendre une douche avec Nude, Weird Fishes, All I Need, Faust Arp. Seulement la douche est écossaise, Radiohead fait souffler la quiétude et la colère dans un quadriptique, qui emmène l’auditeur au bord de la rupture, mais clé de voute de cet album clair obscur, en lui tenant la main avec douceur.

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Body snatcher, pourrait tout aussi bien s’appeler heart snatcher tant le morceau touche profondément. Mise en abîme de tout l’album, le morceau mêle à nouveau avec finesse l’électro et l’instrumentale pour un morceau en deux parties. Moitié garbage music, moitié révolte. Nous non plus nous ne voyons plus de lumière dans ce 21 ème siècle.

Enfin l’album termine sur le seuil par un titre rassurant, ou le groupe fait jouer cette fois-ci boite à rythme minimaliste et guitare brulante et délicieusement funky. Saut périlleux réussi.

Ma visite s’est faite à l’envers mais, vous l’aurez compris, le groupe se délecte tellement de brouiller les pistes qu’il y a autant de visites possibles que de possibilités pour leur prochain album.

Un conseil, entrez par la fenêtre

4 commentaires

  1. smileandgoodmood a dit,

    mars 17, 2008 à 5:36

    Plaisant article que je sentait venir, Obi-wan, mais qui me surprend quand même par sa richesse et la finesse toute partisane de l’analyse qu’il propose.
    Tu sais que je partage à quasiment 100 % ton avis sur Radiohead. Pas manqué : comme toujours, peut-être même plus que d’habitude, la première écoute a été décevante. C’est d’ailleurs suite à ce constat que je t’ai appelé, et - attention, révélation… - que je t’ai appris la sortie de cet album. Et puis la magie Radiohead a encore fini par fonctionner.
    Pour ma part, je ne trouve pas cet opus révolutionnaire, dans le sens où je ne le trouve pas totalement “nouveau”. On sent les influences des albums - ou plus exactement des explorations - antérieur(e)s : les pointes pop d’”OK Computer”, les bizarreries musicales quasi-Sigur Rósienne de “Kid A”ou encore la complexe plénitude d’”Hail To The Thief”.
    Sauf que pour “In Rainbows”, on atteint une maîtrise encore jamais vue.
    Bref, de la belle ouvrage.
    Qu’il me tarde d’entrer en juin dans la maison à ciel ouvert (la résa des places est en bonne voie… ;) !

    PS pour ta tête de linotte : it’s not new, and it’s YorkE.

  2. choubidoubidou a dit,

    mars 17, 2008 à 10:14

    alors comme ça mon article tu le sentaiT venir Amèle?
    Je vois absolument pas ce que tu veux dire à propos de l’orthographe de Nouillorc ;)
    Pour répondre à ton commentaire, je suis plutôt d’accord quand tu dis que cet album serait une espèce de quintessence des précédents albums. Pourtant, il faut quand même reconnaître qu’il est résolument électronique, et pour une fois positif et non ultra mélancolique. Voilà en quoi il trancherait et apporterait une nouvelle pierre à l’édifice.
    Pour ce qui est de la maison sans toit, j’ai hate d’être dans l’arène.

  3. Wonder Head a dit,

    mars 24, 2008 à 1:08

    Je viens de découvrir ton blog grâce à Super Amèl évidemment et je suis bien agréablement surpris. Je partage également ton analyse sur le dernier Radiohead. C’est le syndrome des bons albums : la première écoute n’est pas déterminante. Combien de fois un album m’a paru super-hyper-mega bien à la première écoute alors qu’ensuite je ne l’ai jamais réécouté ? Pour ce dernier opus, je suis moi aussi “entré” dans le track listing par la dernière piste : Videotape. Pour le reste, il me faudra encore un peu de temps…
    Bonne continuation !

  4. [aMèLe] a dit,

    avril 14, 2008 à 7:11

    Je suis pas la seule à le dire !!!
    “Quand le plus grand groupe du monde sort un grand album, c’est nécessairement le meilleur album de l’année. Certes, il n’est pas révolutionnaire. La bande de Thom Yorke aurait peut-être même trouvé un certain rythme de croisière. Un disque dans la lignée d’Hail to the Thief en ce qu’il est une synthèse de tout ce que les cinq d’Oxford ont inventé depuis 1995 et The Bends, leur premier fameux album (à considérer que Pablo Honey recèle relativement peu d’intérêt).
    http://blog.bretagne-balades.org/index.php/2007/11/11/1628-radiohead-tv-webcast-radiohead-reprend-the-headmaster-ritual-ceremony (deux reprises filmées: une des Smiths, une autre de Joy division.)”
    -> vu sur http://musique.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2007/12/27/le-top-10-des-disques-2007.html
    Avec en prime, 2 chouettes reprises, dont celle de Joy Division, très inspirée !

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